07.07.2009

Caféine et Alzheimer, what else?

Merci Médiscoop qui me tient au courant de tous les potins de la recherche biomédicale : voilà un article du Journal of Alzheimer Disease relayé par le Figaro (article ici) qui me semble prometteur dans le contexte actuel de vieillissement de la population. Des petites souris dont l'eau est enrichie en caféine montrent des performances mnésiques meilleures que celles dont l'eau n'en contient pas. Je ne sais pas comment sont évaluées les performances mnésiques des souris, mais une chose est sûre, si je continue ma consommation de café à mon rythme habituel je serai diabétique hypertendue mais pas Alzheimer.

08.06.2009

Croyez-vous aux psys?

Madame B a la cinquantaine. Mariée, deux grands enfants, un boulot auquel elle tient. Madame B souffre d’une maladie chronicisée, avec un traitement au long cours, un suivi par un spécialiste, et de temps en temps elle continue de faire des poussées de sa maladie. C’est au cours de l’une de ces poussées que je rencontre madame B. Elle vient à nouveau de vider deux boîtes d’anxiolytiques d’un coup, et arrive aux urgences pour IMV. Son corps est tellement habitué aux médicaments qu’elle est à peine vaguement fatiguée. Elle parlemente un peu pour ne pas rester, finit par accepter. Alors on discute, et de fil en aiguille, elle explique que selon son mari les psys « ça sert à rien », que sa famille pense qu’elle se « laisse aller », qu’après sa dernière TS les premiers mots de son mari étaient « tu es contente de toi ? ». Et les larmes coulent, que personne ne la reconnaisse pour ce qu’elle est, quelqu’un qui souffre.

Monsieur C a essayé de se jeter par la fenêtre. Dépressif connu depuis plusieurs années, il est donc de nouveau hospitalisé en post-urgences pour une TS. Sa femme a l’air paumée, je demande au patient l’autorisation de lui donner quelques informations. On passe dans le bureau pour discuter. Les aveux. « Les psys, je n’y crois pas ». On pourra lui dire ce qu’on voudra, la dépression c’est du laisser-aller, les gens qui sont cardiaques ou qui font des AVC ça ce sont de vraies maladies, et elle n’a rien contre nous, mais là c’est pas une maladie.

J’avoue que dans ces moments-là je me sens aussi dénuée d’arguments que si quelqu’un me sortait qu’il ne croit pas à l’infarctus du myocarde.

26.05.2009

Le tabac, c'est tabou...

Nouvelle idée de campagne de santé publique quant aux méfaits du tabac, vu sur le site du Monde ce matin : après les messages du type "fumer tue", place aux images! Une nouvelle application du concept de "choc des photos", dont voilà deux exemples :

impotenta.jpg

Ca c'est LE message pour la gent masculine! ;-)

smoking-pregnant-harms-baby.jpg
Et l'équivalent pour Madame.

A quand des photos de décompensation ascitique sur les cubis?

 

L'article du Monde, c'est

19.05.2009

Le bonheur

Mon nouvel hôpital est un centre de gériatrie à l’écart de la grande ville. Le grand parc sent bon les acacias en fleurs. Il y a un couple de rouge-queues qui ont fait leur nid à l’entrée. La nuit, en garde, je laisse la porte-fenêtre ouverte et j’entends le rossignol et les grillons.

Côté boulot, je rame un peu car je suis en cardio-gériatrie, et la cardiologie et moi c’est une grande histoire de désamour depuis le premier cours de première année. Mais j’ai choisi ce service exprès, j’allie la gériatrie que j’adore avec la cardiologie que j’apprends petit à petit à apprivoiser. On prend le temps de faire les choses au rythme des patients âgés, ça change après les urgences… et ça me va beaucoup mieux.

17.04.2009

Blagounette

Dans la continuité du post précédent. Une patiente de 80 ans, parfaitement autonome, qui vient pour déshydratation sur une diarrhée qui dure depuis deux mois. Non bilantée. En avait-t-elle parlé à son médecin traitant ? La patiente prend un air espiègle et me répond dans un petit éclat de rire : « Non, je lui ai menti ! ».

Elle lui a dit que tout allait bien pour éviter d’être « embêtée ».

Créatininémie à 400, tout de même.

Observance thérapeutique

En général, je fais confiance aux ordonnances. C’est écrit par le médecin traitant, c’est imprimé par la pharmacie, donc le patient le prend. Obligé. Ca ne me viendrait jamais à l’esprit de remettre ce beau schéma en cause.

Jusqu’à aujourd’hui.

Le nez sur l’ordonnance de ma patiente, je découvre de l’Allopurinol, sans notion de goutte dans les antécédents. Oh mais ça, de toute façon, je ne le prends pas, me dis la dame. Ah, tiens. Et puis d’ailleurs, elle ne l’a jamais pris. Elle prends quand même des boîtes à la pharmacie, de temps en temps elle dit qu’elle en a encore, ça évite de faire une boîte de plus à stocker. Et puis d’ailleurs, sur son ordonnance, il n’y a pas que l’Allopurinol qu’elle ignore superbement. Quant à son médecin traitant, il est persuadé qu’elle avale ses cachets, car bien sûr elle ne lui a jamais dit que ça faisait trop, qu’elle en avait marre de tous ces comprimés. Elle a peur qu’il la gronde, et de se fâcher avec lui. On est loin de la décision partagée… Alors j’en remets une petite couche, je lui explique qu’il vaut mieux qu’elle joue cartes sur table avec son médecin généraliste avec qui tout se passe très bien par ailleurs. D’autant plus que la patiente n’est pas si inobservante que ça, elle suit parfaitement son antihypertenseur et son antidiabétique oral, peut-être parce que ceux-là sont « vraiment » utiles ?

Souvenir d’un prof de fac qui nous disait que l’observance thérapeutique, c’est seulement sur 40% des traitements prescrits. Comme quoi ça sert d’être un peu pédagogue, d’expliquer pourquoi quand on envisage de prescrire quelque chose, et de s'assurer de l'adhésion du patient. Parce qu'après c'est lui qui a les clés en main.

16.04.2009

Toute fièvre au retour d’un pays tropical….

… est un palu jusqu’à preuve du contraire. Adage brillamment illustré par l’un de mes derniers patients, parti en Afrique sub-Saharienne sans chimioprophylaxie et revenu avec 40 de fièvre. Raison invoquée pour l’absence de chimioprophylaxie : « Ce n’était pas la saison des moustiques ». Ben, la preuve que si.

Mais passons. Ma râlerie du jour ne porte pas sur la méconnaissance générale des risques sanitaires en zone d’endémie palustre, mais sur une absurdité de notre système de protection sociale.

Mon patient faisait donc un bel accès à Plasmodium falciparum, confirmé par le frottis sanguin, sans critère de gravité et avec tous les critères pour une prise en charge ambulatoire. Nous décidons donc de le traiter à domicile par atovaquone-proguanil, traitement de première intention selon les recommandations de la SPILF (ici). C’est sûr, c’est plus cher que la quinine, mais c’est aussi beaucoup moins casse-gueule à utiliser. Le patient s’inquiétant du prix du traitement, je l’assure qu’il sera certainement remboursé. Je vérifie tout de même avec le pharmacien, et là, surprise ! La Malarone n’est remboursée que dans les DOM TOM. Il n’y a pas de paludisme en France métropolitaine, me dit le pharmacien en rigolant. C’est mon patient qui rigole moins quand je lui annonce qu’il va payer 45 euros pour une boîte de comprimés dont il n’utilisera que la moitié parce qu’en France, on ne prépare pas les doses uniquement suffisantes…

Pour info, les chimioprophylaxies antipalu pour les voyages personnels ne sont pas remboursées pas la Sécu, ni les vaccins d’ailleurs. La quinine est sur liste 1, remboursée à 65%. L’atovaquone – proguanil est sur liste 1, remboursé à 65% uniquement dans les DOM TOM (source = VIDAL).

19.03.2009

Santé publique : le VIH lui dit merci

"On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, cela augmente le problème"

Benoît XVI en visite au Cameroun, 17 mars 2009

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En 2007 dans le monde :

33 millions de personnes infectées, dont 22,5 millions en Afrique Sub-Saharienne (68%)

2.5 millions de nouveaux cas dont 1,7 millions en Afrique Sub-Saharienne (68%)

2 millions de morts dues au SIDA , dont 1,6 millions en Afrique Sub-Saharienne (80%)

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Le document de l’UNAIDS en pdf pour les statistiques 2007 sur la pandémie de VIH / SIDA

L’article du Monde en entier sur la visite de Benoît XVI au Cameroun

11.03.2009

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans

Lors de ma dernière garde, j’ai encore vu une jeune fille de 16 ans amenée par sa mère suite à une IMV. Intoxication Médicamenteuse Volontaire. Indice de Mal-être Véritable…

Au cours de chaque garde, je vois arriver au moins une de ces petites jeunes, 15, 16 ou 17 ans, toujours des filles, qui ont avalé un cocktail plus ou moins important de ce que contient la pharmacie familiale. Elles sont mignonnes, ces gamines, avec leurs yeux charbonneux et leurs cicatrices de scarifications. Elles trimballent leur mal-être d’ado sous le maquillage et les fringues de grandes, et le motif de l’intox est toujours similaire, le petit ami qui l’a larguée, la dispute avec les parents, la vie où rien ne va.

J’ai la faiblesse de penser que ce n’est jamais anodin d’avaler des cachets avec comme but avoué d’en finir, même si c’est deux comprimés de trois-fois-rien. Alors je commence deux minutes avec les parents, et puis je les fais patienter gentiment à l’extérieur du box pour « l’examiner ». Parfois elle parle un petit peu, le lycée, les copines qui soutiennent moyen, le petit copain lâcheur, les parents… et le goût à rien, l’auto-destruction, « ça sert à rien ». Elle dépasse toujours un peu la ligne entre le mal de vivre et la dépression. Parfois ça va plus loin, les mises en danger permanentes, l’échec scolaire. La suite est toujours la même. J’élimine l’urgence somatique, le surdosage dangereux, l’antidote à administrer. J’écoute, j’évalue le risque pour la nuit, je rassure un peu, je lui explique qu’on va la garder hospitalisée, qu’elle va rencontrer un psychiatre, on refait le point avec les parents, et voilà. La suite, je la sais parfois par les psychiatres, mais nous sommes aux urgences et je ne revois pas les demoiselles par la suite.

Elles m’interpellent toujours, ces ados, mais j’ai toujours l’impression de louper quelque chose. Je ne sais pas si c’est parce que je ne m’identifie pas complètement, ayant été une ado plutôt sage, ou parce que je ne suis pas encore parent, ou parce que je ne suis qu’un bébé interne. Peut-être bien un peu de tout ça.

04.03.2009

Encore des progrès à faire...

Vu à la pharmacie : une dame, la soixantaine BCBG, « Ah mais vous ne me donnez pas de génériques, hein, moi je n’en veux pas des génériques. Et puis d’abord le médecin il n’a qu’à l’écrire s’il veut que je prenne des génériques ! ». Réponse de la pharmacienne, l’air navrée : « Mais madame, les médecins ne les connaissent pas, les DCI ! ». S’ensuit une petite discussion sur les médecins et leurs ordonnances et la pénibilité de la substitution en pharmacie, bonne journée au revoir madame.

Effectivement on devrait faire nos ordonnances en DCI, ça simplifierait beaucoup de choses. Et on pourrait expliquer à nos patients pourquoi on le fait, aussi.

Je reste cependant interloquée par la réaction de la pharmacienne qui au lieu de prendre cinq minutes pour faire un peu de pédagogie, les mêmes molécules, le coût de la santé, a pris cinq minutes pour médire sur le corps médical, cette bande d’incapables qui ne font aucun effort. C’est bien, elle a fidélisé sa clientèle…

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