19.10.2008

Carnaval des blogs médicaux - Une question de technologie

La technologie en médecine, « haute » ou « nouvelle », j'ai en quelque sorte grandi avec puisqu'on m'en parle depuis ma P1. On commence fort, avec en biophysique des explications savantes sur les émissions de rayons X qui permettent le fonctionnement de nos précieux scanners, et la désintégration du fluor radioactif producteur du fameux positon qui fait la renommé du TEP Scan. En biochimie, explications sur les mérites de l'ELISA, en biologie moléculaire sur la PCR en temps réel. On peine à apprendre anatomie et physiologie, on a 30% de chances de prescrire quoique ce soit un jour, mais on en connaît déjà un rayon sur la technique médicale.

Je fais donc partie de cette génération qui diagnostique une appendicite à l'échographie et une localisation d'AVC au scanner, qui ne sait plus faire de médecine clinique sans plateau technique (très) fourni à disposition, et que, comble de l'ironie, on encourage à aller faire de la médecine générale en milieu rural éloigné de tout. Mais je digresse.

Avec la nouvelle vie d'interne, j'ai découvert les joies du logiciel de prescription et du Vidal en ligne, extrêmement pratiques mais diaboliques si le moindre bug survient... Et surtout, j'ai appris que la technologie la plus utile et la plus utilisée, c'est une invention qui date de plus d'un siècle, un petit appareil dont le bruit plus ou moins sympathique retentit dans vos oreilles au moins cent fois par jour, un bidule qui vous pourrit la vie et vous rend aussi de fiers services, j'ai nommé le téléphone. Allo la biochimie? On n'a pas les résultats demandés en urgence, l'ordinateur plante... Allo hôpital truc? Vous pourriez nous faxer les résultats d'examens de Mme Lapatiente pour éviter qu'on lui refasse trois scanners? Allo docteur Généraliste? Vous pourriez m'éclairer un peu sur votre patiente un peu désorientée ininterrogeable? Et je vous passe les milliards de coups de fils reçus sur la semaine, pour des nouvelles, un avis, un résultat urgent, une discussion pour un patient.... Sans communication, la médecine n'existe pas, que ce soit entre médecin et patient mais aussi entre membres du corps soignant.

Une anecdote toute récente : une patiente entrée via les urgences pour une pathologie X, qui s'est avérée, après un petit coup de fil au généraliste de la dame, être une pathologie Y déjà bien connue et bilantée, mais que la dame n'avait pas su expliquer....

Comme quoi, avant les mails et la vidéo-conférence, on devrait penser plus souvent au téléphone.

11.10.2008

Le peintre de bataille - Arturo Pérez-Reverte

peintre de vatailles.jpgUn ancien photographe de guerre vit retiré dans une tour dans laquelle il peint une fresque, la fresque de toutes les batailles. Un homme dont le portrait a fait le tour du monde vient chercher explications et vengeance, car sa famille a été assassinée à cause de cette photo. S’ensuit un long face-à-face entre les deux hommes, au-delà de la réflexion sur le poids d’une seule photographie

La plus grande force du roman réside dans le fait qu'Arturo Pérez-Reverte a été lui-même grand reporter et correspondant de guerre pendant des années avant de se consacrer uniquement à l'écriture. A un style impeccable s'ajoute donc une impression terriblement forte de vécu, avec des détails et des scènes devant lesquels on se dit « ça il n'a pas pu l'inventer » . On se trouve du côté non de la victime ou du bourreau, mais derrière l'oeil du témoin avec ce prisme si particulier qu'est l'appareil photo. Fixer une image dans une situation dramatique, une attaque, une exécution, paramétrer son appareil devant un homme en train de mourir… On est confronté dans ce roman à la partie immergée de l’iceberg dont la pointe est la photo en papier glacé du magazine que l’on feuillettera négligemment. Comment se place le photoreporter ? Est-ce qu’il intervient s’il voit quelqu’un sur le point d’être mis à mort ? A quel prix rapporte-t-on des photos de pays en guerre ? Autant de pistes de réflexion explorées par ce roman, jusqu’à la dernière révélation où l’on réalise que toute l’histoire est à repenser de nouveau. Un livre indispensable dans notre monde surmédiatisé.

 

09.10.2008

Vive la médecine générale!

Je suis donc retournée à la fac, ma fac (qui va bientôt disparaître d'ailleurs, paix à son âme), où je rempile pour encore trois ans en DES de médecine générale. J'ai dépassé le tableau des P1 et le secrétariat de deuxième cycle ouvert de 13h45 à 14h10 avec une petite pointe de nostalgie mais zero regrets, pour aller m'entasser dans l'amphi bondé de notre journée d'accueil.

Force est de constater que les enseignants de médecine générale ont plongé avec bonheur dans la spécialisation de la discipline, enfin reconnue comme telle à part entière et pas comme « ce que n'importe qui peut faire à la sortie de la fac ». Du coup, les internes de médecine générale sont, tout au long de leur cursus, chouchoutés, bichonnés, guidés, soutenus, bref, pour peu que l'on veuille travailler d'arrache-pied, ce sont trois années du tonnerre qui s'ouvrent devant nous. J'avoue que je partais un peu méfiante, ayant peur de passer du fief des hospitaliers purs et durs aux intégristes de la médecine générale. Finalement, l'enthousiasme et l'engagement de cette équipe de généralistes m'ont conquise.

Du coup, j'ai de nouveau des tas d'idées de diplômes, formations, sujets de thèse, qu'il va falloir que je débroussaille un peu pour éviter la dispersion. En tout cas à priori, pas d'erreur d'orientation, des projets et plein de bonnes choses à venir!

Le coût de la santé

Lors de la journée d'accueil des nouveaux internes, nous avons appris incidemment qu'une poche de sang « coûte » à l'hôpital la modique somme de 179,07€. Donc quand je coche négligemment 2 CGR sur la fiche ETS, je balance 358,14€ dans le trou de la Sécu. Ahem.

Ainsi sensibilisée au pouvoir débiteur de mon stylo bic, je suis allée faire un tour sur le site de notre bonne vieille Caisse Nationale d'Assurance Maladie, histoire de me renseigner sur le prix de ce que je prescris. Déjà les médicaments j'ai pas vraiment idée, c'est écrit en tout petit en bas de la page du Vidal, après le blabla de pharmacodynamie qu'on ne lit que -hum- rarement. Alors les examens complémentaires, n'en parlons pas. Ca pourrait faire partie de la liste non exhaustive des sujets non abordés à la fac, puisque la problématique du coût de la santé est résumée en ces termes : « La santé ça coûte cher, évitez les examens superflus, le trou de la Sécu toussa toussa. » Certes, mais donc, combien ça coûte en vrai? J'ai volontairement centré la recherche sur ce qui me concerne de près en ce moment, à savoir ce que prescrit un FFI en hépato-gastro dans un CHU bien doté.

Imagerie

- ASP = 19,95€

- RP = 21,88€

- TOGD = 113,05€

- Echographie hépatique = 56,70€

- La même avec Doppler = 75,60€

- Scanner abdo-pelvien avec injection = 50,54€ (moins cher que le TOGD!!)

- TEP Scan = 89,54€, toujours moins cher que le TOGD. A l'occasion faudra que je demande ce qui coûte si cher dans un TOGD. La gastrograffine?

- Scintigraphie corps entier = 176,85€. Ding!

- Scintigraphie ventilation / perfusion = 327,29€. Re-Ding!

Biologie

En sachant que le B (lettre-clé des actes biologiques) est actuellement à 0,27€, nous avons donc :

- Iono standard = 20B soit 5,40€, mais attention celui-ci ne comporte que Na, K, Cl.

- Calcémie = 15B soit 4,05€

- Glycémie = 10B soit 2,70€

- Urée + créatininémie = 10B aussi

- En sachant que dans mon hôpital quand je demande « iono sang » j'obtiens tout ce qu'il y a au-dessus, ça fait donc par iono demandé un total de 14,85€. Mine de rien, ça commence à faire. On continue...

- ASAT, ALAT, PAL, chacun vaut 20B soit 5,40€. GGT valent 15B soit 4,05€. La lipase vaut 25B soit 6,75€.

Alors là, la Sécu est magnanime, et nous propose des prix de gros. Pour un bilan hépatique Transas + GGT et PAL, le pack vaut 70B au lieu de 75, soit 18,9€ au lieu de 20,25. Si on rajoute la lipase, on a le pack « profil enzymatique bilio-pancréatique » à 95B au lieu de 100, soit 25,65€ au lieu de 27€. Je vous en remet un ma bonne dame? Il est frais mon profil bilio-pancréatique!!

Et pour la route, un peu d'hématologie. Une NFP standard, c'est 35B soit 9,45€. Un myélogramme c'est 100B soit 27€.

 

Du coup je me demande sérieusement combien je coûte par jour à la Sécu, vus les bilans que je prescris chaque matin...

 

Pour la liste des actes (hospitaliers) avec les tarifs correspondants, voilà le lien direct vers le document. (2,50 Mo)

04.10.2008

ﺍﺏﺕ A B C…

C'est un projet de longue date qui prend enfin forme, dans le cadre de "ma nouvelle vie après l'ENC" : hier soir, j'ai eu mon premier cours d'arabe littéraire section grands débutants!

Pour l'instant, l'alphabet et des efforts désespérés de prononciation. Ca promet d'être ardu, mais comme tout apprentissage de langue étrangère avec alphabet différent je suppose. Les conversations avec mes patients non francophones ne sont pas pour demain, mais c'est toujours ma motivation première, alors on va s'accrocher!

Ce qui m'a le plus plu hier soir, c'est le "on est libre" de la prof pour nous expliquer l'écriture. On met les deux points ici ou là, on est libre. On met les voyelles ou pas, on est libre. On dessine la lettre un peu comme ceci ou un peu comme cela, on est libre. Pour l'instant en ce qui me concerne on va tracer ses lettres bien correctement avec tous les points bien au-dessus et avec les voyelles, mais je trouve ça beau une langue dont l'écriture est libre.