10.12.2008
Le jour où j'ai (lamentablement) séché
Jeune femme de 24 ans, vient aux urgences car elle a présenté dans la matinée un épisode de manque du mot avec déficit moteur du membre supérieur gauche.
Histoire de la maladie : dans la matinée, céphalée d'apparition rapide mais non brutale, assez diffuse, sans irradiation, avec des papillons devant les yeux, pas de modification après prise de paracétamol. Puis environ une demi-heure après, sensation de malaise avec incapacité à saisir des choses de la main gauche, paresthésies de l'hémiface gauche à type de fourmillements, et manque du mot, épisode de résolution spontanée en dix à vingt minutes environ. La patiente se présente aux urgences en fin d'après-midi, en rentrant du travail, inquiète de cet épisode.
Antécédents : RAS, pas d'antécédents migraineux personnels ou familiaux, 1er accouchement il y a 6 mois, sous pilule micro-dosée, pas d'autre traitement.
A l'examen : constantes correctes, apyrétique, examen neuro normal, aucun déficit, pas de syndrome méningé.
Alors là l'interne Hérisson a fait le gros dos et a demandé un avis au neurologue, et après réinterrogatoire et réexamen... "C'est un tableau de migraine accompagnée". Quand je pense que je pensais déjà à la thrombophlébite cérébrale (oui, vous avez le droit de vous moquer).
12:26 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
26.11.2008
Des nouvelles des urgences
Déjà six gardes dans les pattes, et j'ai l'impression que « ça » ne va jamais venir. Ce qui est peut-être lié au fait qu'à chaque garde le programme est différent, et of course jamais comme dans les livres.
Bienvenue dans la vie réelle.
Donc je m'accroche pour comprendre, pour faire de mon mieux, pour ne pas faire trop « boulet ».
J'ai déjà fait plein de sutures, des certificats, « mon » premier arrêt cardiaque (je ne faisais pas la fière...), et ma première suspicion confirmée d'appendicite (là, j'étais contente de moi). J'ai encore rien vu de « classique », les douleurs thoraciques sont tout et n'importe quoi sauf le SCA ST+ bien joli comme dans les livres, idem pour les douleurs abdominales et les malaises. Comme je suis en périphérie, peu de bobologie, que du « lourd », du vrai, de la bonne grosse pathologie à faire peur à un interne de premier semestre. Mais on va s'accrocher, vous dis-je. D'autant que tout cela est extrêmement formateur.
Par contre, le suivi des patients me manque déjà, l'incertitude diagnostique liée à ce non-suivi me pèse, et puis je stresse tant et plus. Une chose est sûre, il y a peu de chances que je sois un jour urgentiste.
07:07 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Comment parlons-nous d'alcool à nos patients?
C'est ce que se sont demandé des médecins de Seattle, dans cet article publié en 2006.
Ils ont enregistré pendant plusieurs mois des entretiens entre des patients et leur médecin généraliste, sans préjuger du motif de consultation, en étudiant ensuite les passages où le sujet « alcool » était abordé. L'article contient des retranscriptions exactes de certains passages. Même en tenant compte d'une possible différence culturelle vis-à-vis de l'alcool, ces morceaux choisis sont édifiants. Quelques exemples parmi d'autres :
Médecin : « So maybe plain Tylenol would be a better choice…
Patient : ... I was worried about my liver on that. You said it’s bad for your liver and then...
Médecin : I’m more concerned...
Patient : Well, I’ve been boozing.
Médecin : I know. I’m more concerned about your kidney function...”
Only reference to alcohol during this visit.
J’espère que le patient n’est pas cirrhotique...
Médecin : « But how do you feel about your – your drinking? Do you – do you – do you....
Patient : What do you mean by that?
Médecin : Do you think like – do you feel like you drink more than you should or do you think it's just a reasonable amount or...
Patient : Well, I know I do drink more than I should. »
Bon. Au moins le patient sait ce qu'il fait, lui.
Et ma préférée :
Médecin : « Um, and uh, one of the other things that we had talked about in your follow-up visits is uh, um, is uh, you know, talked about the alcohol and uh, uh... »
Et donc vous en êtes où avec l'alcool?
*********
How primary care providers talk to patients about alcohol. A qualitative study.
McCormick K.A., Cochran N.E., Back A.L., et al.
J. Gen. Intern. Med. 2006; 21:966-972
07:03 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.11.2008
أَتَكَلَمُ أَلْعَرَبِيَتُ (enfin, c'est vite dit)
Je ne renonce pas, je continue à tirer la langue sur les caractères arabes en déchiffrant le moindre mot lettre par lettre, je VAIS y arriver. Je sais déjà dire (et écrire!) quelques petites choses, l'essentiel étant de ne pas se décourager au troisième cours.
Ma dernière garde m'a confortée dans mon entreprise : j'ai reçu un couple âgé, elle ne parlait pas du tout français, lui pas assez pour un interrogatoire médical correct. Personne dans l'équipe ce jour-là pour me venir en aide, et je n'avais comme certitude que mon seul examen physique, rassurant, mais quand même... J'ai donné comme instructions de revoir le médecin traitant arabophone pour être sûre de tous les tenants et les aboutissants du problème, en me disant que dans quelques années si je me tiens à ce que je fais, mes efforts serviront à quelque chose.
21:16 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.11.2008
Premier semestre, première semaine
Il faut bien commencer un jour alors ça y est, je suis officiellement « interne des urgences ».
Pour l'instant je tourne avec trois autres internes en gardes de 24h, puis je repasserai à un rythme standard dans l'unité d'hospitalisation post-urgences.
Merci à l'ENC qui fait bouger les gens, nous sommes un petit groupe d'internes des quatre coins de la France, avec une bonne ambiance dès le départ, un tableau de gardes rempli en un temps record et sans râleries, du côté «confrères » c'est donc bien parti.
Sur le plan boulot, la transition est plus rude que prévue après mon service d'hôpital cocon où j'avais le temps de surveiller mes patients quelques jours, le temps d'hésiter un peu sur la marche à suivre. Là, la réflexion doit prendre le moins de temps possible et on doit cibler tout de suite les examens bios et l'imagerie... J'avoue qu'au bout de deux gardes je me sens encore un peu (beaucoup) larguée, sans compter qu'au rythme à prendre s'ajoutent les prises en charge différentes d'un hôpital à l'autre. Mais bon, le gros point positif est l'équipe, les médecins qui nous encadrent au maximum, les infirmi-ers-ères adorables, quant au boulot avec du travail personnel à côté ça va bien finir par venir. J'espère.
J'apprécie en tout cas le fait d'avoir rejoint un hôpital de périphérie, c'est reposant de voir des champs et des vaches sur le trajet le matin en allant au boulot, et la structure plus petite me va vraiment mieux.
17:40 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note