11.03.2009

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans

Lors de ma dernière garde, j’ai encore vu une jeune fille de 16 ans amenée par sa mère suite à une IMV. Intoxication Médicamenteuse Volontaire. Indice de Mal-être Véritable…

Au cours de chaque garde, je vois arriver au moins une de ces petites jeunes, 15, 16 ou 17 ans, toujours des filles, qui ont avalé un cocktail plus ou moins important de ce que contient la pharmacie familiale. Elles sont mignonnes, ces gamines, avec leurs yeux charbonneux et leurs cicatrices de scarifications. Elles trimballent leur mal-être d’ado sous le maquillage et les fringues de grandes, et le motif de l’intox est toujours similaire, le petit ami qui l’a larguée, la dispute avec les parents, la vie où rien ne va.

J’ai la faiblesse de penser que ce n’est jamais anodin d’avaler des cachets avec comme but avoué d’en finir, même si c’est deux comprimés de trois-fois-rien. Alors je commence deux minutes avec les parents, et puis je les fais patienter gentiment à l’extérieur du box pour « l’examiner ». Parfois elle parle un petit peu, le lycée, les copines qui soutiennent moyen, le petit copain lâcheur, les parents… et le goût à rien, l’auto-destruction, « ça sert à rien ». Elle dépasse toujours un peu la ligne entre le mal de vivre et la dépression. Parfois ça va plus loin, les mises en danger permanentes, l’échec scolaire. La suite est toujours la même. J’élimine l’urgence somatique, le surdosage dangereux, l’antidote à administrer. J’écoute, j’évalue le risque pour la nuit, je rassure un peu, je lui explique qu’on va la garder hospitalisée, qu’elle va rencontrer un psychiatre, on refait le point avec les parents, et voilà. La suite, je la sais parfois par les psychiatres, mais nous sommes aux urgences et je ne revois pas les demoiselles par la suite.

Elles m’interpellent toujours, ces ados, mais j’ai toujours l’impression de louper quelque chose. Je ne sais pas si c’est parce que je ne m’identifie pas complètement, ayant été une ado plutôt sage, ou parce que je ne suis pas encore parent, ou parce que je ne suis qu’un bébé interne. Peut-être bien un peu de tout ça.

Angels in America

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Une excellente séance télé grâce à J* et son prêt d' « Angels in America ». Cette mini-série en 6 épisodes de Mike Nichols est basée sur un scénario de Tony Kushner, auteur de la pièce de théâtre originale.

Nous sommes en 1985, dans la communauté gay new-yorkaise confrontée à l’apparition du SIDA. Prior vient d’être diagnostiqué séropositif et sidéen, et se fait larguer par son compagnon, incapable de faire face à la maladie. Joe, jeune avocat idéaliste, refoule son homosexualité pendant que sa femme (remarquable Marie-Louise Parker) s’enfonce dans des délires au Valium. Et le mentor de Joe n’est autre que Roy Cohn, célèbre et bien réel maccarthiste impliqué dans la condamnation à mort des époux Rosenberg, homosexuel caché mais lui aussi atteint du SIDA, qui dit souffrir d’un cancer du foie et réussit à obtenir son traitement par AZT à l’heure des tous premiers essais cliniques. Tout ce petit monde (et d’autres personnages secondaires aussi savoureux les uns que les autres) s’entrecroise, et tout est abordé, la maladie, la souffrance, la mort, le sexe, la religion, la politique, la trahison, la rupture, l’amour… avec beaucoup de justesse et surtout avec une totale liberté de ton. Les acteurs sont excellents avec une mention spéciale à Al Pacino dans son rôle de vieux salopard raciste.

Par ailleurs, on relève de belles surprises dans les décors, avec notamment deux prises de vues effectuées à Rome. Dans la première partie, Mike Nichols utilise la coupole du Panthéon avec son puits de lumière pour la première manifestation de l’ange. Et dans la deuxième partie, la demeure des anges n’est autre que la Villa Adriana à Tivoli. Quiconque a déjà visité ce lieu ne peut qu’approuver, cette villa d’Hadrien pleine de douceur et de charme, si les anges devaient vivre quelque part ce serait probablement là-bas… Les amours passés d’Hadrien et Antinoüs ne sont certainement pas la seule raison du choix du réalisateur ;-)

04.03.2009

Encore des progrès à faire...

Vu à la pharmacie : une dame, la soixantaine BCBG, « Ah mais vous ne me donnez pas de génériques, hein, moi je n’en veux pas des génériques. Et puis d’abord le médecin il n’a qu’à l’écrire s’il veut que je prenne des génériques ! ». Réponse de la pharmacienne, l’air navrée : « Mais madame, les médecins ne les connaissent pas, les DCI ! ». S’ensuit une petite discussion sur les médecins et leurs ordonnances et la pénibilité de la substitution en pharmacie, bonne journée au revoir madame.

Effectivement on devrait faire nos ordonnances en DCI, ça simplifierait beaucoup de choses. Et on pourrait expliquer à nos patients pourquoi on le fait, aussi.

Je reste cependant interloquée par la réaction de la pharmacienne qui au lieu de prendre cinq minutes pour faire un peu de pédagogie, les mêmes molécules, le coût de la santé, a pris cinq minutes pour médire sur le corps médical, cette bande d’incapables qui ne font aucun effort. C’est bien, elle a fidélisé sa clientèle…

Pur sang

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Il fallait conjurer le sort après la daube de la dernière fois (cf note précédente), c’est chose faite avec un vrai nouveau roman de vampires, « The historian » d’Elizabeth Kostova. C’est Bram Stoker revisité à la sauce historique avec de longues dissertations sur les Balkans au XVe siècle, et ces longueurs détaillées à l’extrême qui font le sel d’un vrai roman gothique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, un exercice de style parfaitement réussi, avec des renvois, des extraits de lettres, des sauts dans le temps d’une génération à l’autre, des évènements racontés et découverts, tout une ambiance minutieusement recrée qui multiplie par trois ou quatre le nombre de pages qu’il aurait fallu pour contenir le scénario brut du roman. Dracula serait toujours vivant, d’éminents historiens sont les dépositaires de livres mystérieux contenant tous une gravure centrale avec un motif de dragon. L’un d’entre eux disparaît, et c’est parti pour une traque à travers l’Europe de l’Est des années 50 derrière le rideau de fer et pour une plongée dans le passé, à l’heure de Constantinople et de la guerre des peuples balkaniques contre l’envahisseur Ottoman. Il faut aimer le roman gothique je pense (j’avoue, tous ceux que j’ai lus m’on laissé cette impression de longueur extrême…) mais celui-ci offre en plus un panorama passionnant de l’histoire du moyen-âge en Europe de l’Est. S’il tombe entre vos mains, n’hésitez donc pas !

04.02.2009

Mauvais sang

 

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Ca devait être LE nouveau roman de vampires, autant le dire tout de suite, c’est franchement raté. Bon, certes je ne m’attendais pas à un chef d’œuvre mais à une lecture facile, d’ailleurs pour me donner bonne conscience je l’avais même acheté en anglais. Tant mieux, ça enlève le doute sur une traduction approximative.

L’intrigue tient en une ligne : une jeune fille rencontre un jeune homme, c’est un vampire, ils tombent amoureux. Une ligne de plus et je vous raconte toute l’histoire mais on ne sait jamais, on va m’accuser de spoiler. Le genre gothique nous avait habitué à de la profondeur, du noir, du sérieux en matière de vampires. La volonté de dépoussiérer le genre était louable, et pourquoi pas dans le style teenage story à l’américaine, ça pouvait être rigolo. D’ailleurs, les praises de quatrième de couverture font envie. D’après The Times « Her story, recounted in hypnotic, dreamy prose, encapsulates perfectly the teenage feeling of sexual tension and alienation ». Mouais. En réalité, le résultat est une espèce de mélasse rose trop sucrée, et si ce roman représente réellement une « sexual tension » pour un lectorat américain, c’est réellement inquiétant pour l’état de leur libido. Quant au style de dreamy prose, il s’agit surtout de dialogues ineptes sans fin sur le thème « je t’aime moi aussi mais je suis un vampire ça m’est égal je ne veux jamais te perdre mais tu es sûre oui ». Les quelques pseudo-révélations sentent le réchauffé, rien de nouveau ni d’inventif sur le thème, bref une grosse déception. Et vu que je me suis déjà forcée à finir ce premier tome uniquement pour critiquer sans arrière-pensée, je vais m’épargner la suite. Sauf si quelqu'un peut m'assurer qu'après c'est mieux...?