08.06.2009
Croyez-vous aux psys?
Madame B a la cinquantaine. Mariée, deux grands enfants, un boulot auquel elle tient. Madame B souffre d’une maladie chronicisée, avec un traitement au long cours, un suivi par un spécialiste, et de temps en temps elle continue de faire des poussées de sa maladie. C’est au cours de l’une de ces poussées que je rencontre madame B. Elle vient à nouveau de vider deux boîtes d’anxiolytiques d’un coup, et arrive aux urgences pour IMV. Son corps est tellement habitué aux médicaments qu’elle est à peine vaguement fatiguée. Elle parlemente un peu pour ne pas rester, finit par accepter. Alors on discute, et de fil en aiguille, elle explique que selon son mari les psys « ça sert à rien », que sa famille pense qu’elle se « laisse aller », qu’après sa dernière TS les premiers mots de son mari étaient « tu es contente de toi ? ». Et les larmes coulent, que personne ne la reconnaisse pour ce qu’elle est, quelqu’un qui souffre.
Monsieur C a essayé de se jeter par la fenêtre. Dépressif connu depuis plusieurs années, il est donc de nouveau hospitalisé en post-urgences pour une TS. Sa femme a l’air paumée, je demande au patient l’autorisation de lui donner quelques informations. On passe dans le bureau pour discuter. Les aveux. « Les psys, je n’y crois pas ». On pourra lui dire ce qu’on voudra, la dépression c’est du laisser-aller, les gens qui sont cardiaques ou qui font des AVC ça ce sont de vraies maladies, et elle n’a rien contre nous, mais là c’est pas une maladie.
J’avoue que dans ces moments-là je me sens aussi dénuée d’arguments que si quelqu’un me sortait qu’il ne croit pas à l’infarctus du myocarde.
21:58 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.05.2009
Le tabac, c'est tabou...
Nouvelle idée de campagne de santé publique quant aux méfaits du tabac, vu sur le site du Monde ce matin : après les messages du type "fumer tue", place aux images! Une nouvelle application du concept de "choc des photos", dont voilà deux exemples :


A quand des photos de décompensation ascitique sur les cubis?
L'article du Monde, c'est là
07:54 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.05.2009
Le bonheur
Mon nouvel hôpital est un centre de gériatrie à l’écart de la grande ville. Le grand parc sent bon les acacias en fleurs. Il y a un couple de rouge-queues qui ont fait leur nid à l’entrée. La nuit, en garde, je laisse la porte-fenêtre ouverte et j’entends le rossignol et les grillons.
Côté boulot, je rame un peu car je suis en cardio-gériatrie, et la cardiologie et moi c’est une grande histoire de désamour depuis le premier cours de première année. Mais j’ai choisi ce service exprès, j’allie la gériatrie que j’adore avec la cardiologie que j’apprends petit à petit à apprivoiser. On prend le temps de faire les choses au rythme des patients âgés, ça change après les urgences… et ça me va beaucoup mieux.
19:57 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17.04.2009
Blagounette
Dans la continuité du post précédent. Une patiente de 80 ans, parfaitement autonome, qui vient pour déshydratation sur une diarrhée qui dure depuis deux mois. Non bilantée. En avait-t-elle parlé à son médecin traitant ? La patiente prend un air espiègle et me répond dans un petit éclat de rire : « Non, je lui ai menti ! ».
Elle lui a dit que tout allait bien pour éviter d’être « embêtée ».
Créatininémie à 400, tout de même.
00:52 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Observance thérapeutique
En général, je fais confiance aux ordonnances. C’est écrit par le médecin traitant, c’est imprimé par la pharmacie, donc le patient le prend. Obligé. Ca ne me viendrait jamais à l’esprit de remettre ce beau schéma en cause.
Jusqu’à aujourd’hui.
Le nez sur l’ordonnance de ma patiente, je découvre de l’Allopurinol, sans notion de goutte dans les antécédents. Oh mais ça, de toute façon, je ne le prends pas, me dis la dame. Ah, tiens. Et puis d’ailleurs, elle ne l’a jamais pris. Elle prends quand même des boîtes à la pharmacie, de temps en temps elle dit qu’elle en a encore, ça évite de faire une boîte de plus à stocker. Et puis d’ailleurs, sur son ordonnance, il n’y a pas que l’Allopurinol qu’elle ignore superbement. Quant à son médecin traitant, il est persuadé qu’elle avale ses cachets, car bien sûr elle ne lui a jamais dit que ça faisait trop, qu’elle en avait marre de tous ces comprimés. Elle a peur qu’il la gronde, et de se fâcher avec lui. On est loin de la décision partagée… Alors j’en remets une petite couche, je lui explique qu’il vaut mieux qu’elle joue cartes sur table avec son médecin généraliste avec qui tout se passe très bien par ailleurs. D’autant plus que la patiente n’est pas si inobservante que ça, elle suit parfaitement son antihypertenseur et son antidiabétique oral, peut-être parce que ceux-là sont « vraiment » utiles ?
Souvenir d’un prof de fac qui nous disait que l’observance thérapeutique, c’est seulement sur 40% des traitements prescrits. Comme quoi ça sert d’être un peu pédagogue, d’expliquer pourquoi quand on envisage de prescrire quelque chose, et de s'assurer de l'adhésion du patient. Parce qu'après c'est lui qui a les clés en main.
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