08.06.2009

Croyez-vous aux psys?

Madame B a la cinquantaine. Mariée, deux grands enfants, un boulot auquel elle tient. Madame B souffre d’une maladie chronicisée, avec un traitement au long cours, un suivi par un spécialiste, et de temps en temps elle continue de faire des poussées de sa maladie. C’est au cours de l’une de ces poussées que je rencontre madame B. Elle vient à nouveau de vider deux boîtes d’anxiolytiques d’un coup, et arrive aux urgences pour IMV. Son corps est tellement habitué aux médicaments qu’elle est à peine vaguement fatiguée. Elle parlemente un peu pour ne pas rester, finit par accepter. Alors on discute, et de fil en aiguille, elle explique que selon son mari les psys « ça sert à rien », que sa famille pense qu’elle se « laisse aller », qu’après sa dernière TS les premiers mots de son mari étaient « tu es contente de toi ? ». Et les larmes coulent, que personne ne la reconnaisse pour ce qu’elle est, quelqu’un qui souffre.

Monsieur C a essayé de se jeter par la fenêtre. Dépressif connu depuis plusieurs années, il est donc de nouveau hospitalisé en post-urgences pour une TS. Sa femme a l’air paumée, je demande au patient l’autorisation de lui donner quelques informations. On passe dans le bureau pour discuter. Les aveux. « Les psys, je n’y crois pas ». On pourra lui dire ce qu’on voudra, la dépression c’est du laisser-aller, les gens qui sont cardiaques ou qui font des AVC ça ce sont de vraies maladies, et elle n’a rien contre nous, mais là c’est pas une maladie.

J’avoue que dans ces moments-là je me sens aussi dénuée d’arguments que si quelqu’un me sortait qu’il ne croit pas à l’infarctus du myocarde.

Commentaires

Quand on était externes, un ami me disait que la psy à l'hôpital consistait à mettre dehors ceux qui veulent rentrer ou rester et faire rentrer ou garder ceux qui veulent sortir... Le déni protège, un peu, illusoirement, il faut le voir comme une attitude antalgique. Comme le fracturé de la jambe qui préférerait qu'on n'y touche pas, à sa jambe cassée, parce que ça fait mal... même s'il sait bien au fond que ça va être dur à soigner par téléphathie ! L'anecdote que tu racontes je l'ai vécu mille fois, aux urgence c'est usant à force (la répétition de ces situations stéréotypées "j'ai-mal-mais-faut-pas-toucher")... si c'était à refaire j'irais plus franco "bon OK vous me dites que c'est la 33ème IMV en six mois, mais que tout est normal... vous y croyez, à ce que vous dites ?".

Ecrit par : l'avis du psy | 01.10.2009

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