06.07.2008

Kiffe kiffe demain

On a fait le plein à la librairie hier, dont « Kiffe kiffe demain » de Faïza Guène. Je l'avais déjà lu (et aimé) en bibliothèque, mais ayant lu récemment un article sur elle (The Guardian repris dans Courrier International) je me suis décidée à investir.

Dans cet interview pour un journal anglais, on sent la jeune auteur amère sur le paysage social français, et en particulier sur le traitement réservé aux banlieues. Le point qui m'a particulièrement interpellée est celui du manque de reconnaissance venant du monde littéraire. En effet d'après l'article les deux livres déjà parus de l'auteur (celui déjà cité et « Du rêve pour les oufs ») ont eu beaucoup de succès en France, sont traduits dans 27 pays, et pourtant dit-elle, les rares fois où elle croise d'autres écrivains français elle a l'impression d'être transparente. « Jamais, de toute ma vie, jamais je ne gagnerai un prix littéraire. Cela voudrait dire que j'écris de la littérature et qu'il y a des intellectuels dans les banlieues. »

Deuxième lecture donc de « Kiffe kiffe demain », d'une traite comme la première fois, et avec autant de plaisir que la première fois. Sauf que cette fois-ci j'ai essayé de saisir au cours de la lecture ce qui pouvait écarter ce bouquin du « littérairement correct ». Certes c'est un premier roman, d'un jeune auteur (écrit à 19 ans). Justement, c'est rafraîchissant. Certes le langage est « inhabituel », mais peut-être encore un peu châtié pour que le bouquin reste compréhensible par tous les lecteurs. Ce n'est qu'une question de vocabulaire employé, de tournures de phrases. La forme est inhabituelle, peu classique, le fond est réjouissant, comme les romans de Daniel Pennac. Bien sûr qu'il s'agit d'un roman « sur les banlieues », qui rentrent dans le même coup dans le paysage littéraire français alors qu'on est plus habitués à les voir aux infos (bon, je parle pour moi, campagnarde d'origine et habitant maintenant en centre-ville). Mais c'est un roman chaleureux, qu'on referme avec un grand sourire. 

Il y a plein de très bons romans qui ne reçoivent pas de prix littéraire... Je n'ai pas de mal à imaginer que Faïza Guène se sente mise à l'écart par ses pairs, mais après tout c'est son succès auprès du public qui l'intègre dans le paysage littéraire français, pas la fréquentation d'autres auteurs. Mais j'imagine très bien que c'est justement cette reconnaissance par les pairs qui fait se sentir écrivain reconnu.

 

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